>Un automne de high-tech: Requiem pour un "Club tout Neuf", halte aux mensonges d’Orange!

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Curieux de savoir comment un abonné Club-Internet peut éventuellement se retrouver chez SFR sans rien avoir demandé, comment Orange est arrivé à vendre plus de 100000 iPhones 3G en 2 mois et à confectionner un bouquet de TV par satellite sur la base d’une seule chaîne de sport et d’un accord avec AB Sat pour tous les autres contenus, ou ce que Steve Jobs nous a réservé pour la rentrée?

Alors, n’hésitez pas à lire ce qui suit, et découvrez tout d’abord, dans cette première partie, mon oraison funèbre à la mémoire des fournisseurs d’accès Internet plus ou moins indépendants et mes derniers coups de griffes en date contre le célèbre opérateur historique français!!!

En ce triste début d’automne, soit à quelques jours de la fin d’un 3e trimestre 2008 plein de rebondissements spectaculaires, et déjà à plus de trois semaines du cap fatidique de la « rentrée », synonyme de brusque retour aux dures épreuves de la vie quotidienne après des vacances ô combien méritées sous un soleil estival pas toujours au rendez-vous, de nouveaux repères spatiotemporels et de nouvelles priorités pour des millions de concitoyens, dont la plupart appartiennent d’ores et déjà, sans même le réaliser pleinement, à la seconde mouture de la SFIO (section française de l’internationale online), ou, pour le dire de manière un peu moins imagée, à la communauté francophone des utilisateurs du web 2.0 et de ses services connexes, et sont donc confrontés, à ce titre, parmi tant d’autres paramètres souvent difficiles à gérer ou à concilier dans le contexte des bouleversements inhérents à cette période-charnière de l’année, à une actualité plus que foisonnante dans les domaines des médias, de l’Internet et des communications électroniques, je vous propose de revenir quelques instants sur les faits les plus marquants de ces trois derniers mois, tels que je les ai vécus depuis mon QG estival de Strasbourg Neuhof ou les sommets de l’Allgäu, afin que vous ne manquiez rien de ce qui se trame autour de vous, que vous puissiez, le cas échéant, prendre toutes les mesures appropriées pour protéger au mieux vos intérêts d’internautes, ultra-occasionnels ou cyberdépendants , consommateurs, citoyens, électeurs, contribuables et autres particuliers (je préfère, pour l’heure, laisser aux personnes concernées le soin de brosser un portrait exhaustif des produits ou services à destination des professionnels), et que vous soyez ainsi en mesure de percevoir à coup sûr, parmi tant d’autres subtilités langagières, le caractère quelque-peu cynique et absurde de la question

« quoi de neuf chez Club-Internet et TELE2? »,

compte tenu des répercussions pour le moins désagréables de la reconfiguration de l’empire Vivendi…!

I. Club-Internet (anciennement T-Online France, filiale de Deutsche Telekom), vendu à Neuf Cegetel, lui-même absorbé par SFR, qui lui, pourrait bien être revendu prochainement à Vodafone, à British Telecom ou, pourquoi pas, à Deutsche Telekom pour ressusciter T-Online France d’ici 2011… Et voilà que ce bal des fusions-acquisitions aux allures de jeu de chaises musicales entre magnats de la Nouvelle Economie reprend de plus belle sous des formes toujours plus débridées!!!

Alors que Free, de son côté, commençait à assaillir les derniers bastions hexagonaux de la Net Economy transalpine, soit environ 300000 usagers de la galaxie Telecom Italia (Alice, Tiscali, Libertysurf…), les clients du désormais défunt FAI Club-Internet, particulièrement apprécié des connaisseurs pour avoir créé le réseau ADSL dégroupé le plus performant de France, pour disposer de l’une des hotlines les plus efficaces du marché et pour être particulièrement réceptif aux besoins spécifiques des diffuseurs de webradios, mais trop hâtivement démantelé et rebaptisé 9CI dans l’unique objectif de marquer d’un nouveau sigle son entrée, dès la mi-2007, dans la sphère d’influence du groupe 9 Cegetel, né, il n’y a pas si longtemps, quant à lui, d’une opération de fusion-acquisition entre les vénérables opérateurs téléphoniques Neuf Télécom et Cegetel sous l’effet du recul progressif de la téléphonie fixe classique au profit des offres d’accès à l’Internet haut débit de type « multiple play », et détenu, depuis quelques années, à 40%par une autre filiale de l’ex-Cegetel, à savoir le célèbre opérateur mobile SFR, se trouvent à présent confrontés à un double défit. Car:

  1. Non seulement, le rapprochement juridico-technologique entre Neuf et Club-Internet, annoncé en juillet 2007 à grands renforts de promesses et de perspectives alléchantes quant à la démultiplication des services et la mise en commun des réseaux, est achevé de manière tellement partielle et arbitraire que certains clients, visiblement privilégiés de par leur adresse IP ou la fusion particulièrement précoce des deux réseaux sur leur lieu de résidence, ont été migrés de force vers Neuf sans rien avoir demandé à personne, Neuf et Club-Internet se contentant généralement de les en informer par un seul mail, envoyé deux mois avant la date effective de transfert d’abonnement et fortement susceptible d’atterrir par erreur parmi les courriers indésirables en raison des dysfonctionnements chroniques du filtre anti-spam de Microsoft Outlook, et omettant sciemment de les aviser de leur faculté de résilier leur contrat de plein droit dans les quatre mois à compter de la date de migration du fait de cette modification substantielle des conditions générales de leurs offres respectives, alors que d’autres, dont je suis, qui aimeraient tant en finir avec leur affiliation à une société aujourd’hui caduque dont le réseau, réduit à l’état d’infrastructure fantomatique, semble donner de tels signes d’essoufflement et de mauvais entretien que le débit de connexion ne cesse de baisser et de devenir de plus en plus instable dès la tombée de la nuit, reçoivent, pour seule réponse à leurs demandes répétées de migration vers Neuf, la vague assurance de ne pas avoir été oubliés dans le cadre du plan de mise en œuvre du basculement généralisé des abonnés Club, de bénéficier de la fibre optique dès son arrivée dans leur commune au même titre que les clients originels de la maison-mère et de conserver leurs identifiants et adresses mail Club jusqu’à nouvel ordre, au risque de devoir prendre les choses en main de leur propre chef au terme de leur période initiale d’engagement ou de réengagement en résiliant leur offre Club tout en souscrivant simultanément un nouvel abonnement Neuf (apparemment, on ne peut vraiment pas faire plus simple dans ce monde toujours plus complexe…);
  2. Mais, de surcroît, voilà qu’SFR, division mobile de feu le Groupe Cegetel, lui-même censé gérer tous les services de communications électroniques de l’ex Compagnie Générale des Eaux (CGE – plus connue de nos jours sous ses appellation de « Vivendi » ou « Vivendi Universal »), qui venait par ailleurs de racheter la division Fixe & Internet de TELE2 France à l’issue de la scission de cette dernière en deux entités distinctes (l’Internet et la téléphonie fixe revenant donc à SFR, alors que la téléphonie mobile relève désormais d’une division séparée agissant en qualité d’opérateur de réseau virtuel – ou MVNO), profite de son statut d’actionnaire principal de Neuf Cegetel, titulaire de toutes les marques de l’univers Neuf, pour racheter les parts que détenait, dans celle-ci, un certain Robert-Louis Dreyfus, bien connu des fans de l’Olympique de Marseille pour avoir apporté sa précieuse contribution morale et financière à toutes les heures de gloire récentes du club de football de la cité phocéenne, avant de lancer une OPA sur le solde du capital en vue d’un retrait obligatoire de la cote parisienne. Si bien qu’un an à peine après avoir racheté Club-Internet auprès de cet autre poids-lourd du secteur qu’est le groupe Deutsche Telekom, Neuf, à son tour, retombe intégralement dans le giron de la tentaculaire SFR / Vivendi après avoir essayé en vain de se forger sa propre identité sur les décombres de l’ex-Cegetel, que je reçois, il y a quelques jours, un mail de Neuf m’informant, le plus sérieusement du monde, qu’en ma qualité d’abonné à une offre Neuf (ah bon: mais je croyais qu’on refusait obstinément de me faire migrer chez eux…), je goûterai bientôt aux premiers avantages de la fusion avec SFR, essentiellement sous forme d’une mise en commun des réseaux et d’une harmonisation / extension de l’offre de services, et qu’avant même d’avoir atteint les rivages de Neuf, je me retrouve de fait, à l’insu de mon plein gré, dans la calle SFR du vaisseau Vivendi, sans savoir pour autant à quel capitaine me vouer en cas de réclamations, de problèmes ou de changement de coordonnées bancaires… De quoi avoir un peu de mal à surfer l’esprit tranquille!!!

II. Pendant ce temps, France Télécom, non content d’avoir dû se délester d’une partie de ses actifs après l’éclatement de la bulle Internet des années 2000-2001 et de ne plus être en position de monopole absolu dans sa mère-patrie / en mesure de conquérir le monde à coup d’acquisitions tous-azimuts financées par le contribuable français sous forme de subventions publiques plus ou moins explicites, se lance dans des stratégies commerciales aussi douteuses que payantes via les nouvelles offres d’Orange, comme pour mieux faire oublier ses échecs passés au prix de quelques déconvenues à venir qu’il faudrait presque lui souhaiter mineures pour ne pas risquer de devoir en assumer la facture par le biais de l’une de nos prochaines déclarations d’impôts, à l’image de ce qui est en train de se produire dans le secteur américain des banques et assurances…

Pour m’en tenir à la période estivale, disons que tout commence avec les cafouillages accompagnant le lancement de l’iPhone 3g en France au matin du 17 juillet. Car, comme vous pourrez le constater par vous-même, notamment dans cet article du Blog du Geek, sélectionné exclusivement de par son ranking parmi mes moteurs de recherche préférés, mais dont on pourrait trouver quelques milliers de répliques éditoriales sur d’autres forums, blogs ou sites spécialisés, Orange France, qui regroupe aujourd’hui toutes les activités « grand-public » de France Télécom à l’exception du bon vieux Minitel et de la téléphonie fixe, y compris celles que l’opérateur historique exploitait sous la marque Wanadoo avant de racheter au prix fort, sous l’emprise de l’euphorie spéculative qui prévalait encore au premier trimestre 2001, l’un des fleurons mondiaux de la téléphonie mobile, à savoir le Britannique Orange PLC, ne semble avoir ménagé aucun effort pour transformer la chasse au dernier objet culte en date de la firme à la pomme en un parcours du combattant semé d’embûches et de déceptions, tant il semble aujourd’hui évident, entre autres, que l’opérateur a cautionné et avantageusement repris à son compte la démarche d’Apple consistant à sous-alimenter le marché en iPhones afin d’entretenir durablement l’impression de rareté et d’en justifier le prix, sommes toutes encore assez élevé, que même après avoir constaté et admis cette pénurie, de nombreux points de vente Orange ont continué à faire preuve d’un degré d’amateurisme inégalé dans la gestion des pré-réservations d’appareils (listes d’attentes manuscrites sur papier libre au lieu d’un formulaire prévu à ce seul effet, impossibilité, pour les clients, de réserver le modèle ou le coloris de leur choix, vendeurs souvent incapables ou peu désireux de conseiller les clients sur le modèle d’appareil ou le type de forfait le plus adapté à leurs usages…), qu’à l’instar des autres opérateurs bénéficiant d’une exclusivité commerciale sur leur territoire respectif, Orange n’hésite pas à avoir recours à des méthodes qui, sans être forcément répréhensibles dans ce pays aux yeux des autorités compétentes, s’apparentent tout de même fréquemment à de la vente groupée et/ou de la tromperie manifeste sur le rapport qualité/prix des services associés (obligation de souscrire au minimum à un forfait mensuel de 49 euros pour pouvoir se procurer le modèle de base de 8 gigas au prix d’appel de 149 ou le modèle 30 gigas à 199 euros, faute de quoi il vous en coûtera déjà 50 euros de plus, souscription quasi impérative à un forfait de 24 mois, sous peine de devoir débourser un supplément tarifaire de 4,50€/mois pour une durée d’engagement incompressible d’un an, maintien d’un forfait Internet prétendument « illimité », mais bel et bien assorti d’une restriction mensuelle de téléchargement fixée à 500 MO, dont le dépassement implique des frais pour le moins délicats à maîtriser dans un monde comme le nôtre, où les volumes d’échanges de données se comptent habituellement en gigaoctets…), et que les performances de l’iPhone de nouvelle génération, pourtant censés permettre d’utiliser de façon optimale les réseaux 3G et 3G+, se révèlent bien en-deçà des attentes en termes d’autonomie de batterie ou de vitesse d’accès à Internet, notamment à la suite d’un bridage volontaire que l’opérateur a peut-être simplement mis en place pour masquer les lacunes de sa couverture réseau. Du coup, à la lecture de l’information selon laquelle Orange aurait déjà vendu plus de 116000 iPhones 3G depuis le 17 juillet dernier, alors qu’il lui avait fallu plus de cinq mois, soit de novembre 2007 à mars 2008, pour atteindre la barre des 100000 iPhones classiques, je m’étais d’ores et déjà demandé combien de temps cette société allait encore pouvoir construire, sur le chantage aux nouvelles technologies et des pratiques marketing plus que discutables, son hégémonie de premier opérateur Internet et mobile de France, matérialisée par des parts de marché largement supérieures à 50% malgré les injonctions répétées de la Commission européenne, avec laquelle il semble toujours y avoir suffisamment de friture sur la ligne pour empêcher nos décideurs nationaux de comprendre clairement qu’il est grand temps d’instaurer enfin une concurrence libre et non faussée dans l’Hexagone.

Cela dit, comme j’avais apparemment sous-estimé l’ingéniosité et les trous de mémoire fort opportuns des agents commerciaux de notre ancien monopole d’Etat, il se trouve que je découvre soudain avec stupeur, au détour d’une opération aussi routinière que la recherche de nouvelles chaînes sur mon démodulateur satellite, le poteau rose de « la télévision pour tous selon Orange » dans le contexte d’un ralentissement significatif du déploiement de l’Internet haut débit à la campagne et de la fibre optique en ville. Concrètement, dès ce 7 février 2008 où Orange avait fini par remporter, pour la « modique somme » de 200 millions d’euros par an, 3 des 12 lots (ou créneaux horaires) mis aux enchères dans le cadre de la renégociation des droits de retransmission des matches de football du Championnat de France de Ligue 1, et par obtenir, du même coup, la possibilité de diffuser en exclusivité l’un des 10 matches de chaque journée de championnat, tous supports confondus, sa maison-mère France Télécom, qui avait dû se délester de nombreux actifs non-stratégiques après l’éclatement de la « bulle Internet » des années 2000, abandonnant ainsi à l’opérateur de satellites Eutelsat, dont elle était encore actionnaire à l’époque, son imposante flotte de satellites de télédiffusion (dont les fameux Télécom 1A, 1B, 2A et 2B, rebaptisés « Atlantic Bird » depuis lors, particulièrement connus des téléspectateurs habitant des zones non câblées au milieu des années 90 dans la mesure où ces relais célestes, positionnés à 5et 8 ° Ouest et destinés à couvrir une bonne partie de l’Europe occidentale, leur permettait de capter les six chaînes françaises dans une qualité bien meilleure qu’à l’aide d’une vulgaire antenne hertzienne et de s’abonner éventuellement à la prime version analogique du bouquet Canalsatellite, futur Canalsat), avant de céder également ses réseaux câblés ainsi que ses participations dans Eutelsat et dans le bouquet numérique TPS, aujourd’hui absorbé par Canalsat dans le cadre d’une redistribution globale des cartes de l’audiovisuel français entre Canal + – groupe Vivendi, TF1 – groupe Bouygues, et M6 – groupe CLT / RTL, mais qui n’a jamais renoncé pour autant à ses ambitions dans les domaines de l’Internet et du mobile, consciente de pouvoir en faire, en moins d’une décennie, les increvables vaches à lait de sa croissance future, a clairement manifesté son intention de redevenir un acteur de l’audiovisuel hexagonal et de réagir aux visées commerciales de Vivendi, matérialisées entre autres par les synergies grandissantes entre ses filiales SFR, Neuf Cegetel, Canal + et Canalsat (bouquets de télévision mobile chez SFR, vidéo à la demande via Internet sur les sites Canal + et Canalsat, enrichissement des principales offres triple play du marché, y compris celles de leurs concurrents Orange et Free, grâce aux déclinaisons ADSL de Canal + Numérique et Canalsat) en commercialisant à son tour un bouquet de chaînes sous la marque Orange, garant de son statut de leader incontesté sur les marchés de l’Internet, des médias et des télécommunications, désormais tellement interdépendants qu’ils finissent par se fondre en un ensemble aux contours encore incertains, et de sa marge de manœuvre croissante quant au contenu de ses offres TV à venir.

Or, sachant que le déploiement de l’ADSL à la campagne a pris tellement de retard que nombre d’opérateurs louent d’ores et déjà des satellites, ou du moins quelques transpondeurs, pour assurer malgré tout des connexions Internet à moyen débit vers les territoires les plus reculées, encouragés en cela par de juteux contrats de délégation de service public avec des collectivités locales ou régionales qui leur confèrent ainsi, en contrepartie des surcoûts engendrés par l’exploitation des faisceaux satellitaires et le raccordement des clients finaux dans les zones concernées, un monopole de fait répondant généralement au doux nom de « groupement d’intérêt économique » (GIE), que même dans les communes rurales ou périurbaines desservies par un câblo-opérateur, nul n’est jamais parvenu à faire respecter intégralement les restrictions ou interdictions quant à la pose des paraboles chez les particuliers, TPS et Canalsat n’ayant eu de cesse de se distinguer par leurs bons conseils juridiques aux futurs abonnés en matière de droit à l’antenne, leur rapport qualité/prix ou leurs offres d’installation gratuite à domicile là où le câble ne proposait parfois qu’une modeste sélection de chaînes à des tarifs prohibitifs, contrairement aux grandes villes comme Strasbourg, où les diverses formules tarifaires étaient tout de même de nature à répondre pour l’essentiel aux attentes les plus exigeantes, et qu’en tout état de cause, un bouquet de télévision par satellite indépendant de l’ADSL, destinée prioritairement aux foyers difficilement accessibles par voie terrestre pour ne pas éveiller prématurément des soupçons d’abus de position dominante, mais virtuellement extensible à l’ensemble du territoire national grâce aux performances des paraboles actuelles, permettrait donc à la fois à Orange de se passer autant que possible des réseaux filaires, bien trop onéreux au regard des éventuels revenus futurs de la télévision par IP, surtout en cette période de réforme de l’audiovisuel, de consommation en berne et de marché publicitaire atone, d’entrer en concurrence frontale avec Canalsat, notamment par le biais des droits de retransmission de la Ligue 1, sous le prétexte, on ne peut plus légitime en apparence, de vouloir combler le vide concurrentiel né de la disparition de TPS par des contenus novateurs et originaux, et de contribuer à signer, dans les communes faiblement peuplées du moins, l’arrêt de mort de ces mêmes réseaux câblés que sa maison-mère France Télécom s’était pourtant acharnée à bâtir depuis les années 1980 au mépris de toute logique économique, quitte à exercer d’énormes pressions sur les autorités de l’époque pour faire interdire purement et simplement l’installation d’équipements de réception satellitaire chez les particuliers…, je n’ai pas été démesurément surpris d’apprendre qu’Orange allait lancer, à compter du 3 juillet 2008, une offre de télévision par satellite comprenant, entre autres, une nouvelle chaîne nommée Orange Sport, chargée de retransmettre les matches de football si chèrement payés quelques mois auparavant. Tout comme je n’ai pas davantage perdu mon sang-froid à l’idée qu’une fois de plus, « l’accouchement du nouveau-né ait été particulièrement douloureux« , cette fois en raison d’un manque de coordination flagrant entre Orange et Samsung, son fournisseur de décodeurs, et de problèmes récurrents dans la gestion de la fonction de vidéo à la demande, de quoi repousser la livraison de la version définitive du démodulateur au début du mois prochain, si tout continue à aller pour le mieux d’ici là…

« Mais alors »,

me direz-vous,

« à quoi ressemble donc cette offre tant attendue, puisque Canalsat a repris à son compte toutes les chaînes précédemment diffusées en exclusivité sur TPS et qu’Orange se doit, par conséquent, de négocier de nouveaux accords commerciaux ou de créer au moins quelques chaînes ad-hoc pour ne pas (trop) se ridiculiser face à la richesse des offres et à la forte implantation de son rival »?

Et bien oui: c’est précisément sur ce point qu’Orange a su faire preuve d’un sacré culot et d’une incroyable stratégie de dissimulation de la vérité derrière des alibis de compétitivité. Car, non seulement l’opérateur s’est arc-bouté avec tant de hargne sur sa logique de concurrence avec Canalsat que même Canal +, qui se trouve pourtant en bonne place au box office des options payantes les plus prisées chez ses clients ADSL, ne risque pas de figurer de sitôt au rang des nouveaux arrivants dans sa déclinaison satellite, mais en plus, nos chers amis en mal de sensations fortes et de fausses révolutions aux allures de gros coups médiatiques susceptibles de générer des retours sur investissements aussi immédiats que possible, pressés qu’ils étaient de lancer à tout prix leur joli bébé dans le bain du PAF avant le démarrage de la nouvelle saison de Ligue 1 en août au point de ne même pas avoir eu le temps de monter autre-chose qu’un embryon de chaîne sportive dans les cinq mois de gestation qu’il leur restaient, ont préféré contourner radicalement l’obstacle Canalsat et passer un accord de diffusion global avec AB Sat, éternel troisième opérateur de bouquets satellitaires depuis le milieu des années 90, dont la part de marché avait fini par être si désastreuse qu’il lui fallut revendre ses chaînes et son parc d’abonnés à Canalsat et TPS dans le simple but d’éviter le dépôt de bilan, mais qui, à force d’avoir misé sur l’émergence des offres triple play de Free et Club-Internet et les revenus récurrents qui en résultaient, semble aujourd’hui avoir retrouvé un équilibre financier tel qu’il lui a été possible, dès le mois de décembre 2007, de « se remettre en orbite commerciale géostationnaire « sur Eutelsat Hot Bird (13° Est) et Atlantic Bird 3 (5° Ouest) via un tout nouveau bouquet du nom de Bis, composé pour l’heure de vingt chaînes généralistes dans sa version basique à 4,95€/mois + quelques chaînes de cinéma et de sport en option, dont 16 des 18 chaînes de la TNT gratuite (de quoi mettre, au fond, beaucoup d’eau dans le vin de leurs publicitaires, qui se plaisent un peu trop à insister sur son caractère prétendument attrayant et « hard discount », d’autant plus que les 18 chaînes de la TNT sont d’ores et déjà distribuées gratuitement par l’intermédiaire des satellites Astra et qu’elles ne nécessitent donc aucun abonnement particulier pour peu que l’on possède l’un des nombreux démodulateurs numériques du marché et que l’on fasse pointer son antenne vers 19,2, et non 13° Est). En clair, et sans décodeur Samsung cette fois…, l’offre Orange serait donc une réplique intégrale de Bis s’il n’y avait pas la fameuse chaîne sportive et ses rencontres de ballon rond pour entretenir le mythe de la nouveauté; et c’est pourquoi vous chercherez en vain, aussi bien sur Eutelsat Hot Bird que sur Atlantic Bird 3, des transpondeurs Orange diffusant autre-chose que du sport!!!

Comme quoi, j’étais encore assez gentil pour avoir choisi l’expression de « poteau rose de la télévision pour tous selon Orange ». Parce qu’à y regarder de plus près, je me demande si je ne viens pas de mettre la main sur une volumineuse cargaison d’Oranges amères, payée 200 millions d’euros rien que pour les quartiers footballistiques des fruits de ses ambitions de résistance à tout prix à l’inexorable ascension de Vivendi, à quoi il faut probablement rajouter quelques royalties plutôt acides au profit d’AB Sat, qui détient après tout la quasi-totalité des droits de diffusion de ses programmes. Mais au fond, et à la décharge de notre opérateur historique bien-aimé, SFR n’est-il pas en train, lui aussi, de prendre ses abonnés pour des demeurés en proposant une box dont le capot, frappé du logo SFR, est rigoureusement identique, et donc interchangeable avec celui de la Neuf Box dans la mesure où il s’agit, en réalité, des mêmes appareils, pourvus du même firmware…?

En conclusion:

Qu’il s’agisse finalement de l’accès à Internet, à la téléphonie fixe, aux réseaux mobile ou à la télévision numérique, nous autres consommateurs français n’auront bientôt plus que deux ou trois choix au maximum, en l’occurrence: France Télécom / Orange, Vivendi / SFR / Vodafone ou que sais-je d’autre, et Free, susceptible de s’associer à Bouygues pour faire contrepoids sur tous les segments d’offres quadruple play. Autant dire que ce sont finalement les géants historiques du mobile, Orange SFR et Bouygues, qui ont su imposer leur domination sur les autres médias, dont l’Internet haut débit, et qu’il y a là, très certainement, matière à réflexion à la veille de la probable émergence du Web sémantique (ou Web 3.0), tant il est vrai que l’univers des « nouveaux médias » abrite autant de promesses plus ou moins sincères que de franches désillusions pour ceux qui n’ont pas les reins aussi solides que nos chères multinationales, et que Google, Microsoft ou Apple, qui sortirent, eux aussi, renforcés de la purge économico-technologique des années 2000 dans leurs secteurs d’activités respectifs, sont aujourd’hui tellement mieux armés qu’Exalead, Opera Software ou Archos pour nous vendre leur conception des révolutions futures à force d’avoir pris le temps d’asseoir leur hégémonie planétaire pendant cette période faste que représentèrent les années 2002 à 2007, quitte à freiner l’innovation en rachetant des brevets dans l’unique objectif d’empêcher leurs concurrents d’accéder à leur savoir-faire, à prévenir toute forme d’interopérabilité technique par des dispositifs propriétaires de type DRM ou à mettre des bâtons dans les roues de leurs poursuivants en verrouillant les marchés par des accords d’exclusivité misant sur la complémentarité du « soft » et du « hardware »; sauf que jusqu’à présent, l’enjeu était de contrôler des marchés nationaux, fussent-ils aussi grands et prometteurs que celui des 60 millions de consommateurs hexagonaux, alors qu’à l’avenir, les batailles commerciales se décideront avant tout à l’échelle mondiale et impliqueront donc plusieurs milliards d’usagers potentiels!

Et pour commencer ce travail de réflexion et d’analyse, chantier titanesque s’il en est, je reviendrai d’ailleurs sur Google et Apple dans la deuxième partie de mon article, à paraître d’ici quelques jours. A suivre, donc!!!

Christian Knoll

Explorateur d'idées, de sentiments, de mots et de musiques, amateur d'échanges et de voyages, je propose à vos méninges et à votre coeur de m'accompagner sur les autoroutes de l'information, de la communication, du langage et des arts !

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