Saturday Night Fiber: il était une fois un samedi, 27 mars 2010, historique à plus d’un titre

À peine mon ami d’enfance Hervé Poudoulec a-t-il déménagé à Lyon pour des raisons personnelles en ce vendredi 26 mars, pluvieux et sans saveur particulière, après avoir écumé avec moi, pendant près de 12 ans, les principaux dancefloors alsaciens, allemands, bruxellois et londoniens, à la recherche permanente d’une osmose aussi parfaite que possible entre musiques électroniques de qualité et ambiance conviviale, guidé en cela, sur les voies tortueuses d’une « Europe de Maastricht » dont les arts constituent certainement un bien meilleur socle fondateur que cette construction politico-économique poussive indéfiniment renvoyée aux calendes grecques, par les bonnes étoiles de la créativité, de fabuleuses intuitions et les effets manifestement bénéfiques de quelques stupéfiantes herbes de province…, et après m’avoir fait découvrir, au fil de toutes ces inoubliables années d’enfance, d’adolescence et de confrontation aux dures réalités de l’âge adulte, soient environ 3 décennies de vie, tant de nouveautés captivantes à fort potentiel addictif dans les domaines de la radio, de la réception par satellite, de l’Internet et du son à force de m’associer étroitement à ses innombrables projets artistiques (Youppala, Madnus & Scogil, Kira Neris, etc.), jusqu’à faire de moi, grâce à sa légendaire force d’entraînement et de persuasion, son inébranlable ténacité, sa patience et son impressionnant bagage de connaissances, cette espèce d’OVNI électromane et technivore qui vous écrit présentement, que la planète a déjà traversé le « jour d’après » – ou la journée du lendemain, si vous préférez -, soit un certain samedi 27 mars où se sont bousculés, aux portillons de l’Histoire et de l’actualité immédiate, au moins quatre faits marquants auxquels je me dois bien de consacrer un peu plus qu’une salve de tweets ou de commentaires voués à se perdre parmi les incessantes réactualisations de mes flux d’activités sur Facebook ou MySpace, sous peine de passer complètement à côté de l’essentiel (un peu comme dans le film de Roland Emmerich, où il ne s’était fallu que de quelques heures et d’une infernale conjonction de catastrophes naturelles inégalées, au grand dam de tout ce que la Terre comptait de gardiens du temple de la doctrine scientifico-technologique officielle, pour que la machine du dérèglement climatique s’emballe dangereusement, au point de mettre en péril la survie même de l’Humanité…). Voilà pourquoi, dans le cadre d’une manifestation littéraire nocturne inédite en l’honneur du troisième anniversaire de mon iMac, baptisée « Saturday Night Fiber » (la fibre du samedi soir) en raison des heureux hasards du calendrier et de l’absence de volonté des fournisseurs locaux d’accès Internet, dont SFR, Orange et Numéricâble, de raccorder enfin mon immeuble à une véritable infrastructure de réseau FTTH, à la fois performante, interopérable, et donc susceptible de favoriser une saine émulation entre offres de services innovantes et concurrentielles, je vous offre, ci-après, ma première prestation de « speed writing » à l’échelle d’un message de blog, qui, telle une soirée de « speed dating » entre artistes post-surréalistes amateurs d’écriture automatique, risque incontestablement de porter les stigmates d’une série de « rencontres » rapides et éminemment superficielles entre mes pensées et mon clavier, ce qui vous vaut, sans plus tarder, de lire les remarques suivantes (remarques d’autant plus… remarquables, cela va sans dire, que, faute d’avoir abouti à des résultats concluants pour ce paragraphe-ci – d’où son style on ne peut plus « classique » au vu de mon œuvre globale -, l’expérience s’est largement prolongée au-delà des premières lueurs du jours à cause du passage à l’heure d’été, de la perspective de regarder en direct le Grand-Prix d’Australie de Formule 1 et d’un bug inopiné sur les serveurs de Blogger.com qui m’a contraint à republier ma prose en ce mardi soir…)!

1. Tant qu’à reparler des stratégies mondiales de lutte contre les caprices du climat, rappelons que, dans la nuit du samedi 27 au dimanche 28 mars, avait non seulement lieu le rituel, mais non moins salutaire passage à l’heure d’été, synonyme de substantielles économies d’énergie et de réduction minime des émissions de gaz à effet de serre du simple fait de l’accroissement artificiel de la durée d’exposition à la lumière naturelle en soirée et de la réduction subséquente des besoins en chauffage ou en éclairage public, mais aussi une sorte d’heure de silence électronique du nom d' »Heure pour la Terre », en signe de deuil pour toutes ces particules d’ozone d’ores et déjà détruites par toutes nos activités polluantes. Concrètement, il s’agissait d’éteindre tout éclairage et/ou appareil électrique inutile le samedi entre 20h30 et 21h30, heure locale, pour signifier, de concert avec des millions d’autres particuliers ou collectivités territoriales sur l’ensemble du Globe, une forte volonté de ne pas attendre que d’autres fassent le premier pas pour préserver la planète, sa biodiversité et ses ressources fossiles rares, dont le pétrole et le gaz, mais d’aller immédiatement de l’avant en se montrant, chaque jour, un peu plus exemplaire. Or, comme je me trouve être beaucoup moins friand de symboles que d’actes, j’ai préféré anticiper le mouvement en débranchant ordinateur, Neufbox, décodeur TV HD et chaîne hi-fi pendant 24 heures, à compter de vendredi midi, afin de me ménager un « crédit carbone » à la hauteur de l’empreinte écologique liée à l’acheminement du signal audio / vidéo de France 3, du Stade de France à mon domicile, à l’occasion d’une finale historique de Coupe de la Ligue entre mon OM chéri et les Girondins de Bordeaux, car, après la déconvenue électorale de la semaine dernière en Alsace, il fallait bien que je puisse me raccrocher à une éventuelle victoire marseillaise pour ne pas avoir l’impression de vivre un mois de mars uniformément négatif. Alors, à défaut d’avoir donné un exemple d’éco-citoyenneté au moment précis où le code de bonne conduite de la haute société bien-pensante me le demandait, ce qui m’aurait, de toute façon, posé un délicat problème de conscience parce que je n’aime absolument pas me résoudre à l’idée qu’une démarche collective présentée comme quasi obligatoire, fut-elle animée des meilleures intentions, se substitue à la liberté et à l’esprit de responsabilité, donc à des vertus intemporelles par nature, contrairement à des minutes de silence ou je ne sais quelle autre , manifestation ponctuelle, ma devise personnelle « un Marseille qui gagne, et ça repart » s’est largement vérifiée puisque le temps réglementaire aura suffi aux vaillants hommes de Didier Deschamps pour l’emporter brillamment par 3 buts à 1, à l’issue d’un match certes relativement âpre à ses débuts, mais ô combien réjouissant dès l’entame de la seconde mi-temps, de quoi me rendre résolument euphorique pour l’ensemble du week-end puisque le club phocéen n’avait plus remporté aucun trophée depuis la Ligue des Champions de l’UEFA en 1993!!! Enfin, s’il est vrai que mon intérêt pour les épreuves de Formule 1 n’a vraiment rien d’une préoccupation écologique, tant les incidences des sports automobiles sur l’environnement et les riverains des circuits sont manifestement désastreuses, il n’en demeure pas moins que certains procédés techniques élaborés ou testés dans le cadre de la F1, notamment le fameux KERS (ou SREC – système de récupération de l’énergie cinétique), pourraient parfaitement servir de base aux équipements en série des futurs véhicules grand-public, et que moi, qui ne pourrai probablement jamais conduire de voiture en raison d’une vue bien trop défaillante, je ne peux m’empêcher de déguster les séquences en caméra embarquée, histoire de me mettre, l’espace de quelques secondes, à la place d’un pilote dévorant la route comme d’aucuns le feraient avec leur sandwich.

2. Pour le reste, ce 27 mars aurait également pu entrer dans l’histoire de la résistance anti-sarkoziste si le « No Sarkozy Day », version française d’un « No Berlusconi Day » couronné d’un fort succès chez nos voisins transalpins, avait rencontré un écho tout aussi favorable chez nous. Mais comme il se trouve que la coordination de ce mouvement s’est essentiellement faite sur le Net, ce qui a permis à toute une pléiade de militants à domicile d’afficher leur soutien virtuel en annonçant leur participation à l’événement à grands renforts de contributions sur Facebook et autres réseaux sociaux pour impressionner leurs amis avant de faire preuve du moindre engagement politique fondamental, nul besoin de se prendre pour Mme Soleil pour deviner que même s’il n’y avait pas eu un seul nuage à l’horizon, on aurait pu compter par milliers le nombre des internautes déployant soudain des trésors d’imagination pour s’excuser mollement de ne pas avoir troqué leur souris contre une banderole le jour venu, d’autant que le « No Sarkozy Day » du suffrage universel, expression première du rejet de la politique présidentiel par cette voie institutionnelle que sont les urnes, à déjà eu lieu la semaine dernière, à l’occasion des élections régionales, que les organisations syndicales ont remis le couvert 48 heures plus tard, sous forme d’une journée d’action, des mieux suivies, contre la réforme des retraites et la casse salariale, et qu’en dépit de cette montée sans équivoque du mécontentement populaire, l’exécutif nous a bien fait comprendre qu’il y resterait encore plus aveugle et sourd que Jacques Chirac au lendemain du 29 mai 2005. D’où peut-être, même chez les plus fervents supporters sur le terrain, donc chez ceux qui ont effectivement foulé le pavé pour afficher leurs revendications sur la voie publique, hors des cercles fermés du web pseudo-participatif et citoyen, une certaine résignation devant la politique de la terre brûlée et du fait accompli, qui fera vraisemblablement de ce happening une fausse bonne idée de plus… En attendant le véritable « No Sarkozy Day » de mai 2012, que même l’intéressé ne pourrait plus ignorer, à moins d’un coup d’Etat qui nous emmène définitivement de la Ve République au IIIe Empire…!

3. Bien que je sois très réservé à l’égard de ces grand-messes de la bonne conscience, tel le Sidaction de ce week-end, où les mass-médias audiovisuels dominants redoublent soudain d’unité de façade, de bons sentiments prêts à emporter et de rituels culpabilisants rarement exempts de voyeurisme pour faire exploser les compteurs au bout de 5 millions d’euros, pendant que les lobbies pharmaceutiques et les pouvoirs publics, qui ont ostensiblement intérêt à voir prospérer ce genre d’initiatives sur nos écrans à longueur d’année pour se défausser à bon compte, négocient discrètement, dans le cadre du futur traité ACTA, une marchandisation généralisée du système de santé sur la base de coupes drastiques dans les budgets de la recherche publique, à hauteur de quelques milliards d’euros (soit effectivement 1000 fois plus que les recettes d’un week-end TV contre le SIDA), d’une concentration des moyens sur les seules pathologies immédiatement rentables et d’un primat universel des brevets sur les impératifs légitimes des pays en développement, et que les téléspectateurs, censés personnifier, à eux seuls, le temps d’une émission qui ne pourrait pas fonctionner sans eux, les plus viles travers de l’Humanité (y compris cet individualisme occidental que la télévision, en particulier, véhicule pourtant à merveille le reste du temps), s’acquittent de leur aumône en moins d’une minute, sans trop de maux d’estomac, là où leur déclaration d’impôts leur cause parfois des heures de travail et quelques ulcères, au lieu de devoir se motiver, par exemple, à consacrer un peu de leur temps à des associations d’aide aux personnes séropositives ou à considérer avant tout les malades du SIDA comme des êtres humains de plein droit, et non des patients qu’il faudrait isoler derrière un cordon sanitaire étanche pour les soigner ou les « gérer » à l’abri de la société des biens-portants, je ne me permettrais pas d’appeler explicitement à boycotter une manifestation de bienfaisance X ou Y afin de ne pas m’abîmer dans la contradiction consistant à préjuger de l’opportunité de vos investissements financiers ou de votre carrière associative tout en reprochant aux médias d’en faire de même. Cela dit, comme la problématique humaine des personnes atteintes du VIH rejoint parfois celle des personnes handicapées en général, à savoir qu’il est de plus en plus difficile d’être traité comme un Humain à part entière dès que l’on se trouve être physiquement diminué, j’aurais tant aimé que nos chaînes de télévision se fassent également l’écho, dans les mêmes proportions, des manifestations du collectif « Ni pauvre, ni soumis », en faveur d’un revenu de vie pour les personnes handicapées, question certes plus technique et moins chargée d’émotions que l’instrumentalisation de la peur de mourir des conséquences de l’immuno-déficience, mais ô combien essentielle à la dignité humaine et au plein exercice de la citoyenneté. Car en ces temps de raréfaction volontaire des crédits alloués aux piètres vestiges de l’Etat providence, où il devient presque de bon ton de fustiger l’assistanat au mépris de l’idéal de solidarité nationale et d’envier les « bénéficiaires » de minima sociaux de type RSA, censés se reposer indûment sur les lauriers du dur labeur d’autrui, surtout chez ceux, des mieux lotis aujourd’hui, qui accepteraient le plus difficilement de se retrouver dans le besoin au point de solliciter ces « largesses » parce qu’il leur faudrait alors trébucher, à leur tour, sur le maigre filet protecteur que les nantis ont bien voulu consentir aux démunis, et à défaut d’éradiquer, d’un jour à l’autre, des facteurs discriminants aussi complexes que l’inaccessibilité des lieux publics ou la condescendance d’une société pour qui handicap rime trop souvent avec appartenance à une caste d’intouchables qu’il est certes formellement interdit de vouloir éliminer physiquement, sous peine de passer pour d’ignoble monstres néonazis prônant la réouverture immédiate d’Auschwitz (encore heureux que personne ne remette sérieusement en cause le principe du droit à la vie, la base même de la Civilisation), mais qu’il est raisonnablement permis de traiter comme des humanoïdes de troisième catégorie dans l’indifférence générale ou avec l’assentiment des masses, l’heure est peut-être enfin venue de corriger cette double injustice juridique aux termes de laquelle les personnes handicapées sont condamnées:

– à percevoir un revenu de base sensiblement inférieur au seuil de pauvreté (seule l’Allocation aux Adultes Handicapés – AAH -, qui s’élève actuellement à un peu moins de 700 euros par mois, permet de subvenir aux besoins essentiels de l’existence et de gérer son budget en toute autonomie, sans le contrôle préalable des autorités, alors que la Prestation de compensation du handicap – PCH – ou l’Allocation compensatrice tierce-personne – ACTP – servent exclusivement à financer des aides matérielles ou humaines ponctuelles sous le contrôle étroit de Conseils Généraux qui ont bien compris que le handicap et la mobilité réduite constituent indéniablement de formidables gisements d’emplois de proximité puisqu’ils génèrent une demande forte, durable et difficilement délocalisable en matière de produits ou services d’assistance à la personne);

– et à être sanctionnées pour leur volonté ou leur aptitude à s’intégrer dans la Société en exerçant une activité professionnelle dans la mesure où le mécanisme de prise en compte des ressources personnelles, revenus du travail compris, est si rigide et contreproductif qu’il leur faut souvent choisir, pour longtemps, entre travailler plus pour gagner moins et travailler moins pour gagner plus (seule l’absence de tout revenu imposable permet de prétendre, à coup sûr, aux allocations à taux plein, alors que, dès le premier centime ou presque, gagner un euro de salaire revient à perdre 1€ d’AAH + 0,25€ d’ACTP + la totalité des aides au logement +, dans de nombreuses villes, la gratuité des transports en commun ou d’autres avantages sociaux du ressort des collectivités locales, de sorte qu’il est même encore moins intéressant de se vendre à un employeur 40h par semaine pour l’équivalent du SMIC que de rester inactif; un comble quand on n’arrête pas de nous casser les oreilles avec le concept de « valeur travail »…).
Et si les mass-médias, avides de bonne conscience et soucieux d’évacuer les sujets qui fâchent / n’intéressent personne, parce que trop techniques, se sont effectivement empressés de relayer la réponse officielle du gouvernement, selon lequel l’AAH serait revalorisée de 25% d’ici 2012, le diable est plus que dans un détail, mais carrément dans un mensonge qui prouve bien à quel point on nous prend pour des demeurés: ces 25% ne s’apprécient pas au vu des montants de 2010, mais de 2007, date à laquelle Nicolas Sarkozy, alors encore simple candidat à la Présidence, avait déjà fait cette promesse; comme quoi, il excelle vraiment dans l’art du copier-coller (ou plutôt dans le recyclage verbal, pour parler comme un bon écolo de droite…).

4. Enfin, comme indiqué plus haut, le 27 mars a également marqué le 3e anniversaire de mon iMac 17 pouces et, par conséquent, le début de ma migration de Windows vers Mac OS X, grâce, notamment, aux outils d’accessibilité de plus en plus performants de ce dernier. Pour vous resituer cet événement dans son contexte global, voici la copie quasi conforme de ce que j’ai récemment écrit, à ce sujet, à un ancien condisciple de Langues Etrangères Appliquées:

S’il était jusque-là acquis:

– qu’un handicapé visuel, mal ou non-voyant, devait nécessairement conclure une sorte de CDI sans clause de résiliation avec la guilde des industriels du PC, et donc indirectement avec Microsoft et ses systèmes d’exploitation successifs (MS-DOS et Windows), puisque seuls ces environnements de travail permettaient d’installer des outils d’accessibilité tels que des lecteurs d’écrans (Sonolect, Visiobraille pour Windows, Jaws, etc.) ou des logiciels de grossissement de caractères comme Zoomtext ou Magic;

– que ces technologies d’assistance sont parfois relativement incompatibles entre elles, ce qui pousse inéluctablement une personne comme moi, qui s’est régulièrement trouvée à cheval entre la malvoyance et la cécité, selon le type d’usage informatique, à devoir faire un choix entre l’utilisation exclusive d’un grossissement de texte ou d’un lecteur d’écran pour ne pas avoir à installer une pléthore de scripts ou de plugins semi-officiels censés tenter le démon de leur houleuse cohabitation;

– que les adaptations pour Linux, alternatives potentielles à l’hégémonie de Windows dans la mesure où il est tout de même relativement simple, à la base, d’installer une distribution Linux sur n’importe quel PC après avoir reformaté son disque dur pour en éliminer les traces du système d’exploitation précédent, en étaient encore toujours à des balbutiements sortis tout droit des claviers de quelques amateurs, aussi dévoués qu’artisanaux dans leur démarche, qui continuent, par exemple, à utiliser des synthèses vocales comparables en tous points à celles qui servaient déjà de bases aux premiers albums de Kraftwerk ou à la mémorable « Dictée Magique » de chez Texas Instruments;

– que ces aides techniques, pour merveilleuses et révolutionnaires qu’elles ont toujours été puisque rien ne se serait jamais fait sans leur entremise, progressaient mille fois plus lentement que l’environnement graphique ou les réseaux sur lesquels elles devaient nous permettre d’évoluer avec autant de facilité, et si possible à la même vitesse que les autres;

– et que Microsoft, qui, par idéalisme ou acquit de conscience, avait initialement tendance à répondre très favorablement aux demandes des développeurs ayant besoin d’accéder à quelque morceau de code source pour commercialiser des produits ou services à l’intention des usagers handicapés (au point que Bill Gates en personne, aussi généreux que médiatique dans sa démarche, avait daigné faire don de quelques millions de dollars en faveur de plusieurs projets de recherche fondamentale sur l’ergonomie et la mise en accessibilité des futurs ordinateurs), a fini par abuser du prétexte de la crise économique consécutive à l’éclatement de la bulle Internet des années 2000 et de la prétendue incapacité de certains développeurs (dont l’inventeur, aveugle par ailleurs, de ce fabuleux Jaws pour Windows qui règne aujourd’hui en maître absolu sur le segment des lecteurs d’écrans pour PC) à s’adapter aux réalités de son système d’exploitation.

En somme, disons que les handicapés, plutôt que de compter sur qui que ce soit pour prendre le train en marche, n’avaient qu’à mieux se tenir, mieux s’entraider et se former à prix d’or aux réalités d’un environnement graphique de plus en plus visuel pendant que le reste de l’Humanité, qui découvrait à pas de géant les charmes de plus en plus multiples de l’Internet haut débit grâce à la démocratisation de l’ADSL et des réseaux 3G, s’épanouissait tranquillement devant ses écrans, et que l’abîme entre valides et handicapés, d’ores et déjà difficilement surmontable lors de ma mission de traducteur à la Commission européenne en 2001, n’était donc pas près de se combler…, à moins d’un sursaut revendicatif ou d’une révolution extérieure au monde des « Windowsiens », de nature à soumettre à nouveau le marché des technologies d’assistance à une saine logique d’émulation et d’innovation.

Et c’est justement là qu’est entrée dans ma vie une curieuse et exotique « bestiole à la pomme », autrefois l’apanage des artistes de tous horizons, graphistes et musiciens en particulier, mais dont les énormes ressources système commençaient également à intéresser d’autres catégories professionnelles: le Mac!!!

Et c’est une fois de plus mon ami d’enfance Hervé, cet inconditionnel du Macintosh depuis son retour à l’informatique en 2004 (après avoir passé des années à gérer ses mails ou à consulter des sites web sur son téléphone portable via l’interface WAP de chez SFR), mais qui, à l’inverse de moi, avait toujours réussi à se contenter du zoom système, intégré au Mac depuis belle lurette sans forcément se demander où en étaient les synthèses vocales, qui m’a envoyé un lien vers le site d’une certaine entreprise néerlandaise dénommée Assistiveware, spécialisée dans la conception de toutes sortes de logiciels et de périphériques d’accès, où j’ai bien vite trouvé mon bonheur à long terme puisque j’y ai appris, en quelques minutes, qu’à côté du fameux zoom, on pouvait aussi activer, sans aucun conflit de ressources ou ralentissement excessif du système, un lecteur d’écran nommé VoiceOver, également intégré à n’importe quel ordinateur équipé de Mac OS X 10.4 ou plus, presque aussi performant que Jaws pour Windows dans l’ensemble, et qu’Assistiveware proposait entre autres les voix de synthèse Infovox iVox, développées par les Belges d’Acapela Group, soit à peu près ce qui se fait de mieux sur le marché puisque leur qualité et leur timbre se rapprochent de plus en plus de la voix humaine au fil des mises à jour de versions, rendant ainsi l’utilisation de la machine encore beaucoup moins fatigante et plus conviviale que jamais. Abasourdi par une nouvelle aussi imprévisible que spectaculaire, j’ai donc tout d’abord testé VoiceOver et Infovox iVox sur le portable d’Hervé, de peur de dépenser 2000 € pour rien, et me suis aperçu aussitôt que:

– pour diablement efficaces qu’ils étaient, seuls ou combinés au zoom système;

– pour réjouissante qu’était la perspective d’utiliser enfin des outils multimédias contemporains après avoir essayé en vain, des années durant, de tirer le meilleur parti de Winamp ou de quelque utilitaire d’enregistrement de flux audio (sans même parler du visionnage de films ou de photos en plein écran que Jaws appréciait tellement qu’il plantait presque à chaque fois);

– pour fabuleux qu’allait devenir un univers débarrassé de tout virus ou cheval de Troyes…,

j’aurais tout intérêt à commencer par acheter un ordinateur de bureau plutôt qu’un portable pour pouvoir travailler avec un facteur de zoom suffisant, le cas échéant sur une période prolongée, compte tenu du nombre encore très élevé de programmes inaccessibles aux lecteurs d’écran, et plus particulièrement d’applications reposant sur de jolies interfaces graphiques à base d’animations Flash, ce qui m’a donc amené, au final, à courir chez BeMac, l’un des deux revendeurs Apple agréés à Strasbourg, le mardi 27 mars à moins de 10 minutes de la fermeture du magasin, pour m’acheter un iMac 24 pouces, un modèle dont l’originalité est de ne plus comporter de tour, comme les « desktops » traditionnels, parce qu’assemblés d’un seul bloc, compact et donc d’autant moins encombrant, le disque dur et les différentes cartes nécessaires à son fonctionnement étant savamment dissimulés par son élégante carcasse, quelque-part en-dessous ou à côté de l’écran.

Après avoir, tout d’abord, ramé un peu plus que prévu pour trouver des repères fiables dans cet environnement qui ne ressemble que marginalement à Windows, et avoir mis un moment à comprendre comment Apple, dont l’une des marques de fabrique est d’avoir toujours su transformer l’utilisation d’un objet en une forme de perception, d’expression et d’art sui generis, avait bien pu s’y prendre pour conférer un caractère artistique à la restitution d’un contenu d’écran ou d’une page web, ce qui m’a valu de me plonger assez longuement dans leur documentation anglophone, par manque de ressources en français à cette époque-là, et à m’exercer quelques jours avant de parvenir à intérioriser, jusqu’au stade de l’automatisme, les réflexes de base du « Maqueux » en pleine phase d’éclosion, je me suis donc entouré des compagnons de jeu idéaux pour rentabiliser au maximum mon jeune investissement, par exemple:

– les traitements de textes Pages et Nisus Writer Pro;

– les navigateurs web iCab et Safari;

– iTunes et son incontournable iTunes Store (qu’Apple a d’ailleurs rendu totalement compatible VoiceOver depuis lors afin de capter, mieux que nul autre e-commerçant de son rang, le juteux marché des déficients visuels, cible de choix dont il fallait juste avoir l’idée d’intégrer les qualités de « serial online shoppers » par nécessité ou commodité et de mélomanes avertis par prédisposition sensorielle dans la stratégie globale de conquête des marchés au lieu de se réfugier, comme Amazon.com à propos de son Kindle, derrière l’argument selon lequel les technologies d’assistance pourraient servir à violer les droits de propriété intellectuelle dans la mesure où les synthèses vocales perfectionnées d’aujourd’hui permettraient de produire des contenus audio d’une qualité suffisante pour être exploitée commercialement sans l’autorisation des ayant-droits);

– iPhoto, qui me donne enfin l’occasion d’archiver et d’étiqueter moi-même toutes les photos que mes parents prennent sur leurs appareils numériques;

– Audio Hijack, un logiciel permettant d’enregistrer en temps réel, sans trop de réglages, n’importe quelle source audio prise en charge par la carte son;

RadioShift, utilitaire destiné à accéder, à des fins d’écoute et/ou d’enregistrement, à quelques dizaines de milliers de radios du Monde entier, classées par genres, pays et débit;

– Netshade, application permettant de faire transiter son trafic web par un proxy basé au Texas de manière à se faire passer pour un internaute américain, techniquement parlant du moins, et d’utiliser ainsi en douce des services d’écoute de musique en ligne comme Pandora ou Slacker, théoriquement réservés aux résidents U.S. pour de sempiternels motifs de protection des droits d’auteurs;

– Pandora Jam, qui offre carrément la possibilité d’enregistrer les morceaux sur Pandora dans leur qualité d’origine tout en récupérant consciencieusement toutes leurs données associées (nom d’artiste, album, genre, année de sortie…) pour les découper et les étiqueter aussi proprement que s’ils étaient extraits d’un CD;

– ainsi que les inévitables gestionnaires de torrents et autres téléchargements pour me constituer une belle cinémathèque dématérialisée, gratuite de surcroît…

Eh oui: à force d’avoir été assimilé à un voleur sollicitant des avantages indus au motif que mes logiciels de lecture d’écran, équipés de synthèses vocales au timbre quasi humain, permettraient de produire des textes commercialement exploitables et de violer ainsi ces fichus droits d’auteurs à longueur de journée, j’ai fini par vouloir faire honneur à ma réputation supposée, et suis donc devenu un dangereux hacker qui se fiche éperdument de toutes ces lois liberticides (DADVSI, HADOPI, future LOPPSI, et que sais-je encore), par lesquelles les pouvoirs publics veulent endiguer le téléchargement illégal pour sauver des eaux du ridicule et de l’anachronisme une industrie moribonde de sa propre faute, qui, bien qu’elle possède parfois ses propres filiales spécialisées dans la distribution de contenus Internet, de sorte qu’elle aurait parfaitement été en mesure de créer assez de synergies internes, n’a pas été capable de négocier à temps le tournant de la mise en ligne des biens culturels, et qui ne mérite donc pas plus d’égards que les derniers crieurs de village, dont la disparition n’avait quand-même pas suscité une telle levée de bouclier alors qu’il s’agissait, pendant des siècles, du lien privilégié entre les communes et leurs administrés…; mais comme je suis sous Mac, je suis, de toute façon, déjà relativement irrécupérable parce que même les utilitaires de surveillance par lesquels l’État cherche à remettre de l’ordre dans la bergerie, se limitent à la France et à cette majorité de Windowsiens qui n’arrivent pas à pousser aussi loin le bouchon de la parade technique, et lui livreront donc encore pour longtemps assez de chair à canon!

Mais comme rien n’est parfais en ce bas Monde, en particulier les produits de consommation courante, qui obéissent primordialement à une logique de commercialisation massive, et non aux impératifs du « sur mesure », je ne suis jamais parvenu à me passer totalement de Windows, dont les outils d’accessibilité se distinguent tout de même encore par une meilleure façon d’appréhender certains sites web complexes, à commencer par les incontournables séquences Flash, et dont le lecteur multimédia intégré, le fameux Windows Media Player, reste à ce jour le seul outil permettant de regarder les programmes de Canal + à la demande, si bien qu’après avoir conservé pendant plus de deux ans mon bon vieil ordinateur portable Dell Inspiron 9300, j’ai opté pour une solution bien plus « sportive » consistant à le céder à mon père, qui lui offre actuellement une seconde vie largement à la hauteur de ses attentes de retraité dans la mesure où il le transforme peu-à-peu en une simple machine à surfer sur Internet destinée à prendre le relais de son Minitel…, , au profit d’un Mac portable (un MacBook Pro 17 pouces au top de la technologie, plus précisément) pour y installer les deux systèmes côte-à-côte, chacun sur sa partition, de manière à pouvoir choisir mon OS au démarrage de la machine ou, pire que tout, les utiliser simultanément grâce au logiciel VMware Fusion, qui permet de passer aisément de l’un à l’autre via une simple combinaison de touches…

Maqueux d’un jour, maqueux pour toujours!

Christian Knoll

Explorateur d'idées, de sentiments, de mots et de musiques, amateur d'échanges et de voyages, je propose à vos méninges et à votre coeur de m'accompagner sur les autoroutes de l'information, de la communication, du langage et des arts !

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