Paroles traduites par mes soins : « 99 Luftballons », la chanson qui allait faire détester à jamais la guerre au gamin de 9 ans que j’étais alors

Qui, d’entre vous, n’a pas déjà entendu / écouté plusieurs dizaines de fois dans sa vie ce tube planétaire, voire interstellaire, si célèbre que même les Américains, à qui l’on avait pourtant destiné un « 99 Red Balloons » bien à eux, persistaient à en jouer la version originale allemande pour ne pas se sentir déconnectés du reste de l’Humanité ?! Quel DJ ou autre animateur de soirée ne l’a pas déjà sorti de ses cartons pour entraîner l’assistance vers la piste de danse et lui extirper des cris de joie ou des hurlements encore amplifiés par de colossales quantités d’alcool ou de boissons énergisantes préalablement ingurgitées, sans qu’il ne soit nécessaire, pour cela, d’avoir la moindre notion d’allemand, a fortiori, des paroles de cette chanson;-) ?!

En ces temps de Coupe du Monde du ballon rond, sport qui parvient aussi bien à unir les peuples qu’à leur fournir un redoutable ersatz de guerre, selon les cas, j’aimerais néanmoins vous narrer, par le truchement de ma traduction, cette histoire de ballons de baudruche, au contexte historique et géopolitique autrement plus sérieux qu’un match de football, qui m’avait fait comprendre dès mon plus jeune âge à quoi pourrait mener la bêtise humaine si nous n’y prenions garde.

Car en 1983, l’Europe en général, l’Allemagne en particulier, servait de macabre « terrain de jeu » aux deux superpuissances mondiales qu’étaient alors les États-Unis et l’URSS, au point d’en être divisée en deux blocs séparés plus ou moins hermétiquement par le « Rideau de Fer »… La partie la plus emblématique de ce rideau étant incontestablement le Mur de Berlin, érigée en « rempart de protection anti-impérialiste » par le génie maléfique de la propagande est-allemande, qui coupait en deux parts inégales la capitale historique de l’Allemagne

Au déploiement de missiles SS20 par les Soviétiques dans leurs États satellites du Pacte de Varsovie, surtout en ex-RDA, l’Amérique de Ronald Reagan avait répondu par son « Initiative de Défense Stratégique (IDS), plus connue sous son appellation médiatique / propagandiste de « Guerre des Étoiles », et par la dissémination de ses missiles Pershing II, sur le territoire de ses alliés de l’OTAN à la suite d’une demande explicite du gouvernement ouest-allemand qui remontait déjà à 1979… Autant d’armes à capacité nucléaire ou de projets de nature à transformer la Guerre Froide en véritable troisième conflit mondial au moindre incident (et encore : l’Histoire ne peut dire ce qu’il serait advenu de l’Humanité si l’Administration Kennedy avait cédé, dans le prolongement de la crise de Cuba, à la volonté farouche de Franz Josef Strauß de doter la RFA de la bombe atomique…) !

Mis au monde par une mère allemande dont une partie de la famille était restée à l’Est, j’étais alors persuadé d’être né et de vivre du bon côté du Mur, celui où règnent la liberté, la justice et la prospérité, où l’on avait donc toutes les bonnes raisons du monde d’oeuvrer à la chute de « l’empire du mal » communiste après s’être débarrassé du 3e Reich quarante ans plus tôt. Mais dans le contexte d’une révolte pacifiste massive outre-Rhin, aussi bien contre cette course folle aux armements dévastateurs qu’en réaction aux risques incalculables liés à la construction, à l’exploitation et au démantèlement de centrales nucléaires dont il était bien permis de douter du caractère exclusivement civil, cette chanson a largement contribué à faire voler en éclat la vision manichéenne des événements qui s’était jusque-là imprimée dans mon jeune cerveau, car au fil des discussions avec ma mère au sujet des paroles et de ses interrogations sur l’état de la planète tout entière, je me suis mis à réaliser combien nous, Occidentaux, mettions aussi beaucoup d’huile sur le feu à tant vouloir imposer aux autres notre mode de vie, le cas échéant par la force, quitte à ce que celle-ci soit loin d’être circonscrite à des cibles militaires. Et aujourd’hui encore, j’ai le plus grand mal à retenir une larme à l’écoute de la dernière strophe des mots que voici !

As-tu un peu de temps pour moi ?
Alors, je vais chanter pour toi
Une chanson sur les 99 ballons
En route vers l’horizon.
Peut-être que tu es tout juste en train de penser à moi.
Alors, je vais chanter pour toi
Une chanson sur les 99 ballons,
Et tout ça pour ça…

99 ballons
Sur leur route vers l’horizon,
On les a pris pour des ovnis tout droit venus de l’Espace…
Voilà pourquoi un général a envoyé un escadron de chasse à leur poursuite
Pour donner l’alerte, au cas où…
Et dire que là-bas à l’horizon,
Il n’y avait que 99 ballons !

99 pilotes de chasse,
Dont chacun était un grand guerrier,
Se sont pris pour Captain Kirk.
Ça a donné un grand feu d’artifice.
Les voisins n’ont rien capté
Et se sont tout de suite sentis provoqués.
Et dire que là-bas, à l’horizon,
On a juste tiré sur 99 ballons !

99 ministres de la guerre,
Allumette et bidon d’essence
Se sont pris pour de grands malins,
Ont déjà flairé le gros butin,
Ont crié à la guerre et voulu le pouvoir.
Mais franchement : qui aurait pensé qu’on en arriverait là
Pour 99 ballons…
99 ballons…
99 ballons… ?!

99 ans de guerre
N’ont laissé aucune place à des vainqueurs.
Des ministres de la guerre, il n’y en a plus,
Ni des pilotes de chasse.
Aujourd’hui, je fais mes rondes, et vois le monde en ruines.
J’ai trouvé un ballon.
J’ pense à toi, et je le laisse s’envoler
… … … … …

7 commentaires sur « Paroles traduites par mes soins : « 99 Luftballons », la chanson qui allait faire détester à jamais la guerre au gamin de 9 ans que j’étais alors »

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