BLOG-NOT DE CATHERINE DUTIGNY : MON COUP DE COEUR LITTÉRAIRE DU MOIS… ET UNE OCCASION EN OR DEFAIRE REVIVRE MON PROPRE BLOG:-)

Depuis la publication de mon dernier billet en juillet 2014, cela fait donc à nouveau près de deux ans que cet espace a fait les frais des innombrables péripéties de mon quotidien, de la longue et douloureuse maladie, puis du décès de mon père, au deuil qui s’en est suivi, d’une terrible déception amoureuse aux incertitudes d’un avenir où je ne manquerai pas d’être confronté à des responsabilités tellement plus immenses qu’elles ne l’ont été par le passé. Deux ans, aussi, que je n’en brûlais pas moins d’envie de vous dire au fil des présentes pages tout le bien que je pense que ma fidèle amie et inspiratrice de plume Catherine Dutigny, également connue sous le doux nom d’Elsa Saint Hilaire, comme j’ai déjà coutume de le faire sur les principaux réseaux sociaux depuis-lors…

Et voilà que son tout nouveau roman « Blog-not », disponible dès à présent auprès de son éditeur, sur Amazon ou chez votre libraire habituel, tombe à pic en pleine période des ponts de mai pour m’inciter à échafauder des liens entre mon destin et celui de l’un de ses héros, à trouver dans une si palpitante intrigue la force et l’inspiration qui puissent me porter vers des rivages plus ensoleillés à l’avenir… !

Alors, qui est, au juste, cette fameuse Catherine / Elsa ?

Dans la vie, elle est diplômée de Sciences Po, riche d’un parcours professionnel passionnant et diversifié, rédactrice et membre du comité de lecture à La Cause Littéraire, écrivaine se plaisant à aborder le plus naturellement du monde un large éventail de genres et de styles, du conte pour enfants au roman policier, avec un fort agréable penchant pour l’humour et les personnages en marge des conventions de tous ordres, entre autres cordes à son arc…

Dans mon coeur, depuis ce jour de la fin 2013 où j’ai eu la chance de la lire pour la première fois, elle est devenue, tout d’abord, cette intéressante et intelligente correspondante avec qui j’ai toujours aimé me livrer à des discussions argumentées sur l’actualité, l’art ou la musique, en plus de commenter ses derniers écrits, puis, avec le temps, une confidente et amie qui a eu la gentillesse de m’offrir l’un des plus beaux témoignages d’estime, de reconnaissance et d’affection qu’on puisse recevoir d’une femme / fan de lettres de son haut rang : à savoir qu’elle m’a permis d’accompagner la mise en ligne progressive des 50 premiers chapitres de son roman-feuilleton Carnets secrets, », l’histoire d’un chat parlant le langage des Humains, participant activement à démêler les fils de leurs destins entrecroisés,  via une page Facebook dédiée dont je rédige les différents statuts et assure l’administration. Soucieuse de rendre ses écrits accessibles à des publics aussi variés que possible, de s’adapter au mieux à toute la palette des habitudes de lecture, elle n’a cessé d’apporter une contribution décisive au blog de mon amie Tippi Rod où cohabitent en parfaite harmonie les versions électroniques et les enregistrements audio d’un impressionnant choix de textes, pour le plus grand bonheur de ceux qui éprouvent des difficultés / sont dans l’impossibilité de lire des ouvrages imprimés sur papier puisqu’il n’est pas donné à tout le monde de maîtriser l’outil informatique au point de s’acharner à scanner un livre de 200 pages via son logiciel d’OCR avant de pouvoir en exploiter le contenu dans des conditions à peu près décentes.

« Un titre qui n’est ni français ni anglais et qui sert d’illustration au livre. Mais que m’est-il encore passé par la tête? », s’interroge-t-elle en tête de gondole de la page consacrée à son dernier-né, plus de deux siècles après le règne de Napoléon Ier à qui d’aucuns ont tout de même prêté l’intention de faire creuser un tunnel sous la Manche en vue de sceller une alliance franco-anglaise définitivement à notre avantage;-)…

Quelques indices prometteurs en quatrième de couverture, mis en musique et en images par la talentueuse Naïade :

Rien ne laissait présager une telle issue.

Le corps d’une jeune fille découvert dans la Seine par un vieux marinier, quelques vêtements et un mot trouvés sur la berge : le suicide d’une adolescente ne semble faire aucun doute. Par acquit de conscience, le commissaire Guedj, conseillé par une graphologue, analyse les maigres indices afin de ne rater aucune éventualité. Puis apparait un deuxième papier issu des affaires de la noyée. Cet extrait de Lithium va bouleverser l’enquête.

Il y a d’abord Alex, l’agaçant petit ami de Clarisse, la fille de l’experte, qui rêve de devenir journaliste. Et puis cette maison de retraite où une infirmière se consume d’amour pour un étrange collègue. Ou encore ce blog, qui attire comme un aimant des jeunes internautes en mal de vivre. Une seule certitude, certains vont amèrement regretter de jouer au détective.

Pour avoir enfin eu tout loisir de lire, oh non, que dis-je, de dévorer goulument ce livre dans son intégralité, de réaliser en quoi les paroles des morceaux de Nirvana ne représentent qu’une très pâle réplique contemporaine des Fleurs du mal de Baudelaire, bien que tous deux produisent parfois des effets identiques sur des personnes en souffrance psychique, c’est une réponse infiniment plus personnelle qui s’impose à cette question : de fort belles choses, ma foi:-)

S’il est vrai que Catherine Dutigny n’est pas encore aussi célèbre qu’elle ne le mériterais au titre de ses propres mots, reste qu’elle a mis toutes les chances de son côté pour gravir quelques marches de plus vers la consécration, que ce soit grâce à cette intrigue chargée de suspense jusqu’au point final, , à son style d’écriture, fluide, entraînant et parsemé de jolies formulations, au grand soin qu’elle a manifestement pris à se documenter, de manière à ce que tout paraisse aussi crédible que possible, à tous ces protagonistes dont elle dépeint les traits de caractère avec tant de finesse d’esprit et de souci du détail qu’on en ressent spontanément l’envie de s’intéresser à leur psychologie avant de les juger ou de les ranger précipitamment dans les tiroirs de nos idées préconçues, en dépit de leur part d’irrationnel / d’imprévisible et d’un hasard qui tire à merveille les ficelles de l’histoire pour laisser planer une indispensable part d’ombre échappant à notre curiosité. De surcroît, les âmes très sensibles peuvent être rassurées quant au fait que tout se termine bien mieux qu’on n’osait l’espérer, sur des notes d’allégresse et de confiance en l’avenir qui dépassent de très loin le schéma par trop classique de l’opposition entre bons et méchants…

Et puis, il y a deux terrains sur lesquels on suppose aisément quelques incursions autobiographiques. D’une part, bien sûr, dans la description de la graphologue à qui vient l’idée de réitérer l’exploit d’écrire un roman sur la base du fait divers dans lequel elle se trouve chaque jour un peu plus impliquée, tantôt à son insu, tantôt de son plein gré. De l’autre, ce qui me fascine et me remplit d’une franche admiration depuis ma première lecture de son texte « Dissonances et synthonies », sur Ipagination à l’époque, à savoir sa parfaite connaissance de l’univers des musiques métalliques, qu’elles soient heavy, death, hard, grundge ou que sais-je d’autre. Quelle belle manière, pour elle qui a seulement trois printemps de moins que ma mère à son actif dans la vraie vie, de prouver qu’il n’y a pas d’âge pour rester jeune, alerte et ouvert d’esprit, tout comme il n’y a pas non plus d’âge pour vieillir prématurément à force de n’apprécier la musique que comme une drogue à consommer aux côtés des autres au lieu d’y chercher prioritairement inspiration et extase artistique !

Émotif par nature, je me suis beaucoup attaché au père Mathieu, le marinier vieillissant qui vit reclus sur sa péniche à Conflans-Sainte-Honorine, à la santé toujours plus chancelante depuis le décès de son épouse, un homme si charmant, perspicace et persuasif qu’on n’a envie de lui en vouloir ni pour son caractère peu engageant au départ, ni pour sa fâcheuse tendance à pratiquer sciemment de la rétention de pièces à conviction, qu’on lui en devient même reconnaissant au fil des chapitres dans la mesure où c’est précisément l’évolution maîtrisée de son attitude, de la méfiance à la joie d’être en si bonne compagnie, qui donne un tour encore beaucoup plus croustillant à l’intrigue, que même Delage, l’adjoint de Guedj, pourtant si pressé d’arriver à ses fins d’ordinaire, accepte de bonne grâce de s’exercer à l’art de la patience parce qu’il comprend bien vite qu’il vaut tellement mieux entrer dans son jeu pour s’assurer de sa collaboration que d’appliquer les consignes de service à la lettre, jusqu’à trouver refuge chez lui à un moment où il ne voit pas à qui d’autre il pourrait confier toutes ses angoisses…

Et sans vouloir souffler la fin de l’histoire à qui n’y serait pas encore arrivé, je n’ai pas pu m’empêcher de verser quelques larmes d’émotion au moment où il annonce qu’il se donnera les moyens de réaliser son voeu le plus cher, celui de transmettre aux générations futures un savoir qu’il s’était déjà résigné à imaginer à jamais perdu après sa mort. D’une part, c’est le plus beau cadeau que l’auteur ait pu lui faire, et qui sait, peut-être qu’à l’idée de savoir que sa vie n’a pas été vaine, qu’il est encore parfaitement apte à séduire les femmes, il se portera mieux que jamais ! Et de l’autre, quelle plus belle réponse que celle d’arriver à redonner un sens nouveau à sa vie grâce au potentiel de la toile pendant que certains, à commencer par Frédéric, le blogger au génie maléfique agrémenté de pulsions quasi-bestiales, se servent de ces mêmes outils pour exploiter les failles psychologiques d’adolescentes en mal de repères jusqu’à les persuader qu’elles auraient déjà perdu le combat contre l’insignifiance et la laideur, et n’auraient donc plus qu’à en finir au plus vite. Le tout, sans avoir besoin de verser dans le militantisme, juste parce que le cours des choses en incite certainement plus d’un(e) à parvenir à des conclusions similaires !

EN RÉSUMÉ ET EN CONCLUSION : LISEZ-LE, CE BEAU ROMAN:-)

 »Blog-not » de Catherine Dutigny ;
212 pages, 16,00€ ;
Paru aux éditions RROYZZ le 27 avril 2016)
ISBN-10: 2363720520
ISBN-13: 978-2363720528
disponible auprès de son éditeur, sur Amazon ou chez votre libraire habituel

>Avec Roland Ries, voici venu le "Printemps de Strasbourg"!!! (1/2)

>Alors que nous autres Strasbourgeois venons enfin de vivre, grâce à des élections municipales aux allures de lame de fond pour la Gauche locale, les dernières heures d’une mandature 2001-2008 dont l’Histoire retiendra probablement qu’elle fut marquée, non seulement, par une expérience aussi inédite que désastreuse consistant à confier les clés de la cité à une direction bicéphale, joliment qualifiée de « tandem » comme pour mieux souligner ses aspirations pluralistes et collectivistes, qui ne tarda pourtant pas à battre en brèche ses promesses de collégialité, de décentralisation, de respect de la diversité et de démocratie participative pour concentrer d’autant plus efficacement entre ses mains la quasi-totalité des pouvoirs décisionnels, mais aussi et surtout par une impressionnante série d’erreurs de gestions, de mesures opportunistes, de dépenses démesurées ou inadaptées aux réalités quotidiennes, d’options politico-idéologiques fort préjudiciables à la paix civile et sociale, de pratiques clientélistes, antidémocratiques, discriminatoires et liberticides, dont les conséquences à long terme ne manqueront pas d’hypothéquer sérieusement nos perspectives d’avenir, quoi que nos dirigeants entreprennent à présent, et de sanctionner injustement ceux qui, comme moi, ont fait de leur mieux pour continuer à aimer leur ville alors qu’ils auraient pu l’abandonner pour une multitude de lieux plus propices à leur épanouissement, voici enfin venu le temps de tourner cette sombre page d’histoire contemporaine, d’unir toutes les forces de progrès au sein d’une majorité politique efficace, ambitieuse et respectueuse de ses concitoyens, qui soit susceptible de « renverser la vapeur » avant que notre désir de renouveau et de prospérité ne parte à jamais en fumée (telles ces cigarettes et autres consommables à base de tabac pour lesquelles il nous faut désormais braver le froid des nuits hivernales aux abords des lieux publics…), de transformer à nouveau le désarroi en énergie positive et la peur du lendemain en une inébranlable certitude de préparer ensemble des jours bien meilleurs! C’est pourquoi je ne puis résister plus longtemps à l’envie d’adresser mes félicitations euphoriques à l’équipe socialiste victorieuse, conduite par un certain Roland Ries, dont nous avons déjà pu apprécier les qualités de maire par intérim entre 1997 et 2000, lorsque Catherine Trautmann fut retenue à Paris par ses obligations de Ministre de la Culture du gouvernement Jospin, à lui présenter mes meilleurs vœux de réussite pour les six ans à venir, et à lui dédier les présentes lignes dans le but de lui rappeler néanmoins, s’il en était besoin, que son retour aux affaires tient autant des « raisins de la colère » d’un électorat déçu par la Droite que de la « fleur au fusil » des combattants de l’espoir, qui, 40 ans après Mai 68 et le Printemps de Prague, osent encore croire qu’à Strasbourg aussi, un autre printemps est possible, en attendant de changer durablement le cours de notre destin commun bien au-delà des frontières communales!!!

Voici donc ci-après, en guise de premiers témoignages printaniers et de cadeaux de Pâques (fête du renouveau s’il en est), un premier message, consacré à une brève rétrospective du septennat écoulé, après quoi je vous livrerai, dans le cadre d’une 2e contribution, un avant-goût des gigantesques défis de la nouvelle majorité, étant entendu, en tout cas, que malgré mon profond attachement aux valeurs socialistes et écologistes, je m’abstiendrai délibérément de toute référence à un quelconque enjeu national autre que la question de l’équilibre des pouvoirs au sein des divers échelons administratifs pour ne pas me voir reprocher de réécrire le déroulement des élections présidentielles par des voies détournées, et que l’impératif de concision inhérent à la nature même d’un blog m’a fortement incité à me limiter arbitrairement à mes principaux centres d’intérêts: le cadre de vie (transports, logement, environnement…), le rayonnement européen de Strasbourg et la culture au sens large (déploiement des nouvelles technologies, vie nocturne et promotion des musiques électroniques).

Que nous a donc précisément valu cette fameuse « gestion en tandem »?

1. Un cadre de vie dégradé, déshumanisé et bouleversé par des travaux et autres réalisations interminables, onéreuses et d’une utilité souvent limitée, dont les transformations forcenées liées à l’arrivée du TGV Est-Européen et aux nouvelles lignes de tram.

Ainsi, la municipalité a certes tenu sa promesse de faire venir jusqu’au cœur de notre métropole le TGV Est-Européen tant attendu, d’en profiter pour remodeler de fond en combles tout ce qui avait trait à l’ancienne gare centrale, exceptés les voies ferrées et les parties classés au titre des monuments historiques, d’étendre les réseaux de tram, de bus et de pistes cyclables au-delà de leurs limites de 2001 et de poursuivre diverses opérations de réhabilitations de quartiers. Mais à quel prix???!!! Pour l’essentiel, malheureusement,

– au prix d’un hall et d’une place de la gare dont les édiles locaux, visiblement animés par un ardent désir de revanche, de mégalomanie et d’autosatisfaction à l’idée d’en découdre avec 12 ans de règne socialiste dans une ville que les Conservateurs pensaient ne jamais perdre, ont fini par défigurer à un tel point que plus personne n’y retrouve vraiment ses marques et qu’il faudra bientôt être historien pour deviner, derrière l’horrible verrière surmontant la marquise de la gare, la façade autrefois resplendissante d’un haut lieu de l’architecture allemande qui suscita en son temps l’admiration de l’empereur Guillaume II;

– au prix de TGV qui, à l’instar d’Air France, desservent bel et bien Paris et l’Île-de-France une bonne quinzaine de fois par jour (à des tarifs dignes d’une compagnie aérienne, soit dit en passant…), mais n’assurent en revanche qu’un seul aller/retour vers Munich, plaque tournante ô combien importante des relations ferroviaires avec ces Pays d’Europe Centrale et Orientale dont dépendra de plus en plus étroitement notre croissance économique future, et guère davantage de liaisons avec nos villes voisines de Karlsruhe, Stuttgart et Zurich;

– au prix d’une flambée généralisée des loyers et d’une pénurie accrue de logements sociaux sous l’effet combiné de l’arrivée massive d’acheteurs parisiens ou de professionnels en tous genres, attirés par la perspective de passer des week-ends ou des séjours de courte durée, de s’installer définitivement ou de délocaliser leur entreprise dans une ville dépaysante et ressourçante qui ne se trouve plus désormais qu’à 2h30 environ des rives de la Seine, de la course effrénée aux achats immobiliers et aux plus-values qui en découle d’ores et déjà, ainsi que d’une politique d’austérité budgétaire clairement inspirée par les pires dogmes néolibéraux, qui vaut aujourd’hui à des offices HLM de type CUS Habitat d’être réduits à financer les errements du pouvoir au lieu de se consacrer à des missions premières pourtant aussi vitales que l’entretien ou l’extension de leur parc immobilier au profit des plus nécessiteux;

– au prix d’une déstructuration incontrôlée de quartiers tels que le Neuhof, dorénavant divisés entre les zones directement desservies par le tram, qui bénéficient inéluctablement d’un nouvel élan économique, et celles, accessibles uniquement grâce à des correspondances en bus, qui continueront probablement à rester à la traîne alors qu’elles auraient, elles aussi, des besoins urgents en la matière;

– et au prix d’une cohabitation de plus en plus conflictuelle entre les différents moyens de transports ou de déplacement, en particulier dans ces nombreux quartiers dont les rues n’ont jamais été construites en vue de permettre à la fois aux tramways, aux automobilistes, aux cyclistes et aux piétons de circuler en site propre dans des conditions un tant soit peu satisfaisantes, de gigantesques embouteillages sur certains axes majeurs désormais rétrécis à la portion congrue pour laisser places aux nouvelles lignes de tram, auxquels l’intensification et la diversification de l’offre de transports collectifs ne semble pas encore répondre de façon adéquate, et d’une politique anarchique de promotion du vélo, qui, à force d’aménager le code de la route en faveur des deux-roues de manière à les autoriser, par exemple, à tourner à droite à certains carrefours même lorsque le feu est au rouge, risque de faire de nos voies cyclables de véritables zones de non-droit, au détriment manifeste de cette pratique hautement écologique et génératrice de bien-être corporel que constitue pourtant la bonne vieille marche à pied.

2. Une ville frileuse, repliée sur elle-même et incapable de tirer profit de son statut de capitale de l’Europe moderne dans l’espoir de continuer à influencer la marche du monde, comme en témoigne les destins tragiques du Jardin des Deux Rives et de l’Eurodistrict.

En effet, alors que Strasbourg a hérité simultanément, de par sa situation géostratégique, les innombrables guerres ou autres méandres de l’Histoire et la volonté des gouvernants de la seconde moitié du XXe siècle de pacifier le vieux continent pour conjurer d’autant mieux l’esprit de Yalta, du privilège et de la lourde responsabilité d’assumer pleinement son rôle de capitale européenne par excellence, berceau de l’humanisme et de l’imprimerie qui plus est, d’accueillir de façon exemplaire des institutions aussi prestigieuses et fédératrices que le Conseil de l’Europe, le Parlement Européen ou la Fondation Européenne pour la Science et d’œuvrer au quotidien pour un monde de paix et de tolérance, alors que toutes les municipalités précédentes, de droite comme de gauche, avaient toujours accordé une place prépondérante au rayonnement international de notre ville, ce qui les conduisit notamment à affirmer la vocation cosmopolite des quartiers de l’Orangerie et du Wace, à mener toutes sortes d’initiatives en faveur de la réconciliation franco-allemande et du bilinguisme, à entretenir, via des jumelages avec des villes comme Stuttgart, Dresde, Leicester ou Novgorod, un réseau mondial dédié à la « fertilisation croisée » des talents et des bonnes pratiques, à créer des conditions particulièrement favorables à l’implantation d’entreprises ou de structures de recherche de renommée planétaire et à jeter les bases d’une collaboration administrative et technique de grande ampleur avec nos voisins d’Outre-Rhin, dont l’un des vestiges les plus tangibles reste le fameux Europass permettant d’emprunter indifféremment, pendant une journée ou un mois, tous les moyens de transports collectifs de la CUS et de l’Ortenau, l’équipe sortante n’a eu de cesse de mettre en cause le travail accompli en ce qu’elle cherchait à imposer à tout prix une conception beaucoup plus impérialiste que celle de tous ses prédécesseurs, en vertu de laquelle Strasbourg serait vouée à exercer une sorte d’hégémonie naturelle sur un territoire allant à peu près de Molsheim à Offenburg, quitte à réveiller les démons de l’Occupation et de la disparition des spécificités alsaciennes par excès de pangermanisme pour discréditer des partenaires allemands qui, au lieu de se retrouver absorbés par une sorte de « grand Strasbourg », auraient évidemment préféré développer avec nous des relations plus saines et équilibrées.

C’est dans cet étrange contexte, caractérisé par une méfiance viscérale à l’égard de ses interlocuteurs allemands, que notre très cher tandem, lié par l’engagement de principe de l’ancienne majorité socialiste de participer à la Landesgartenschau (l’édition 2004 de la biennale des jardins du Bade-Wurtemberg), eut l’ingénieuse idée de vouloir compléter le cadre originel de la manifestation par une exposition artistique franco-allemande de plain air, installée de part et d’autre du Rhin, et de regrouper le tout au sein d’un « Jardin des Deux Rives » dont la continuité et le caractère transfrontalier seraient matérialisés par une passerelle entre Strasbourg et Kehl, construite, pour plusieurs millions d’euros, à quelques encablures seulement d’un Pont de l’Europe dont les trottoirs et les pistes cyclables ne sont pas connus pour être particulièrement fréquentés. Sauf que les élus de Kehl et de l’Ortenau, à qui revenait tout de même le mérite d’avoir obtenu l’organisation de la Landesgartenschau sur la base du projet élaboré justement avec l’ancienne majorité strasbourgeoise, ont très peu apprécié l’idée d’être plus ou moins contraints de remettre celui-ci à plat pour y intégrer les nouvelles exigences françaises quant à l’emplacement de la passerelle, à la redéfinition du site d’exposition et aux rapports entre art floral et arts plastiques, que les négociations subséquentes ont bien vite dégénérées en règlements de comptes politiciens de bas étage, la majorité strasbourgeoise reprochant explicitement aux élus de Kehl d’être à la solde du P.S. et de s’ingérer ainsi dans nos affaires intérieures, qu’à défaut de solutions viables et d’une véritable capacité à surmonter des rivalités fortement teintées de nationalisme, la collaboration institutionnelle et administrative entre les deux collectivités, préalable pourtant indispensable à l’organisation même de la manifestation, s’est souvent limitée au strict minimum, chacun restant finalement maître de sa partie du jardin sans nécessairement aviser ses voisins d’en face des activités ou animations qu’il comptait y proposer au jour le jour, et qu’au vu d’un tel chaos organisé, qui illustre d’ailleurs à merveille à quel point l’Europe d’aujourd’hui est en panne d’inspiration et de leadership, les réjouissances ne pouvaient que se terminer avec pertes et fracas au mois d’octobre 2004, laissant derrière elles, du côté strasbourgeois, des jardins en friche au milieu desquels ne trône désormais plus guère que le chapiteau de la compagnie « Graine de Cirque », spécialisée dans l’initiation des enfants et adolescents aux spectacles vivants, comme pour mieux inciter les jeunes générations à se moquer, un beau jour, des piètres numéros de clown que leurs aînés ont cru bon d’interpréter en pareil endroit en ce début de 3e millénaire…!

Du coup, il va sans dire que les habitants de Dresde, qui furent frappés par des crues d’une rare intensité à l’été 2002, ont d’autant mieux apprécié d’avoir été abandonnés à leur triste sort par des partenaires strasbourgeois quasiment absents des efforts de reconstruction (ou du moins, je ne me souviens pas avoir entendu l’un de nos hauts responsables faire publiquement appel aux dons ou au soutien logistique pour venir en aide à cette ville avec laquelle nous sommes pourtant encore jumelés), et que le projet des responsables de l’époque Trautmann-Ries de créer une sorte d’entité territoriale transfrontalière du nom d’Eurodistrict, dotée de ses propres organes décisionnels et administratifs et chargée d’initier / de coordonner toutes sortes d’actions impliquant les communes de la CUS et de l’Ortenau, ne tarda pas non plus à tomber aux oubliettes de l’Histoire, à moins de considérer comme la quintessence d’une coopération moderne et efficace entre nos deux peuples de disposer, depuis quelque-temps, d’un nouveau média du nom de Radio Eurodistrict (RED), disponible exclusivement sur Internet, qui ne dépasse que très rarement le cap des 10 auditeurs par jour, à en croire les statistiques de son propre serveur Shoutcast…

3. Une ville dont la politique culturelle, au sens large, n’a eu de cesse de privilégier, sept ans durant, les masses à la classe, la célébrité à l’originalité, la ghettoïsation à la mixité des publics et le sous-développement numérique au statut de pionnier de l’Internet.

Certes, l’offre culturelle s’est enrichie, depuis 2001, du simple fait de la mise en service de nouveaux lieux d’arts et de spectacles, dont le Zénith, la Cité de la Musique et de la Danse, le Maillon Wace et l’UGC Ciné Cité Etoile. Certes, il est à mettre au crédit de la municipalité sortante d’avoir contribué quelque-peu à l’essor du théâtre par l’ouverture de nouvelles scènes et permis au Molodoï de jouer à présent un rôle prépondérant dans le milieu des musiques nouvelles et alternatives. Cela dit, force est de constater, en revanche:

– que ces évolutions, pour perceptibles et positives qu’elles soient dans un monde nécessairement pluraliste, se sont également accompagnées d’une délocalisation méthodique, hors du centre-ville historique, des manifestations culturelles nocturnes à destination d’un jeune public délibérément stigmatisé et réduit au rang d’une horde de délinquants potentiels, par opposition aux masses bien-pensantes aux goûts artistiques réputés défendables, comme en atteste notamment l’obligation faite à la Grotte, haut lieu de promotion des talents de demain en matière de musiques électroniques et d’arts de la rue, de fermer boutique à une heure du matin, même le week-end, quitte à jeter ses visiteurs sur une voie publique où ils auront tendance à errer quelque-temps sans même pouvoir compter sur des taxis ou de quelconques services de ramassage pour rentrer chez eux de manière sûre, confortable et discrète, de quoi entretenir savamment les tensions intergénérationnelles en tolérant implicitement les nuisances sonores ou sécuritaires contre lesquelles la ville prétend pourtant lutter avec sa politique de couvre-feu artistique, jusqu’au jour, peut-être, où même le plus paisible des riverains aura été convaincu de l’utilité de fermer définitivement ce genre d’établissements perturbateurs…;

– qu’à trop vouloir canaliser les « papillons de nuit » dans leurs élans de sorties au centre-ville, la municipalité aura finalement réussi à faire de ce dernier un triste compromis entre une cité-dortoir où le calme absolu est censé régner en maître après 22h de septembre à juin (histoire de ne pas gêner dans leur sommeil réparateur ces braves gens qui acceptent encore de travailler plus pour payer plus de loyer) et une sorte d’écomusée à vocation commerciale pour touristes et personnes à haut revenu en quête d’une atmosphère provinciale surfaite, à base d’un marché de Noël omniprésent du 15 novembre à la St-Sylvestre, de restaurants offrant, certes, une grande variété de plats pour différents budgets, mais dont la couleur des tables de terrasse a été uniformisée par oukaz municipal sous prétexte d’harmoniser leur aspect visuel avec les chefs-d’œuvre architecturaux des environs, d’une Place Kléber où les palmiers sont de sortie chaque été pour donner à nos visiteurs d’Outre-Rhin l’illusion d’être arrivés aux abords de Rome, etc.;

– que l’avalanche des restrictions budgétaires et des nouvelles priorités politiques, tout en dévastant dès 2002 des symboles multiculturels aussi divers et appréciés que le festival Babel ou le festival tzigane du Parc de la Citadelle sous l’effet d’un assèchement volontaire des subventions aux organisateurs d’événements jugés incompatibles avec les pratiques artistiques majoritaires, n’ont nullement empêché les autorités locales d’apporter un concours financier et logistique conséquent à la venue d’un certain Johnny Hallyday, qui semblait avoir grand besoin de ces largesses pour assurer sa reconversion en montagnard suisse chevronné (contrairement aux années 90, où les Pink Floyd et U2 nous avaient valu des factures bien moins salées, les contribuables strasbourgeois et le gazon du stade de la Meinau se souviendront peut-être encore longtemps de cette généreuse opération de redistribution en faveur d’un « chanteur abandonné » par la France au point de devoir recourir à l’évasion fiscale pour ne pas sombrer dans la pauvreté…);

– qu’à force d’être prise en tenaille entre un Molodoï qui se prête idéalement à des performances de groupes en phase de conquête du public et un Zénith essentiellement dédié aux « grands de ce monde », la Laiterie, lieu de rencontre idéal, s’il en fut, entre mon ami Hervé Poudoulec aka Kira Neris Project et l’illustre Neneh Cherry dont il assurait la première partie, a malheureusement de bonnes chances de devenir le dernier cadeau empoisonné de la Droite, tant il est dur d’imaginer vers quel créneau porteur cette salle pourrait à présent se tourner;

– et qu’au fil des années, le tandem a manifesté de plus en plus clairement son intension d’instrumentaliser la culture, forme d’expression fondamentalement méprisable parce qu’incontrôlable à son avis, de la réduire, in fine, à ce que les Romains désignaient en leur temps par la célèbre formule « du pain, des jeux » (après tout, nous vivons bien dans l’ancienne cité d’Argentoratum…), et d’exploiter ainsi, au détriment de tout facteur d’épanouissement individuel ou social, son seul potentiel de crétinisation des foules et de soviétisation des consciences.

Enfin, pour ce qui est de l’Internet et des nouvelles technologies, non seulement nous avons perdu, avec la généralisation et la banalisation du haut débit par ADSL, le rôle moteur et l’avantage compétitif que nous conféraient, dans les années 90, les services innovants de Strasbourg TV Câble / la Lyonnaise, soit une offre « double-play » de haute qualité combinant un accès Internet à 1 Mbit/s (contre 56 Kbits/s chez Wanadoo, donc via une ligne téléphonique classique) et un bouquet de chaînes télévisées plutôt fourni pour l’époque, mais qui plus est, la municipalité, à qui revient pourtant le pouvoir d’octroyer, de négocier et de retirer, le cas échéant, la concession de câblo-opérateur, s’est distinguée, une fois de plus, par son absence et son incompétence face aux dysfonctionnements notoires chez Noos, successeur juridique de la Lyonnaise (surfacturations abusives et systématiques de nombreux clients, coupures intempestives de certains programmes ou services, injoignabilité chronique du service clients, impossibilité de fait de résilier son abonnement ou de récupérer la caution de son décodeur dans les délais et conditions prévus par un contrat d’une dizaine de pages dont même les collaborateurs de la hotline semblaient ignorer le contenu…), de sorte que nous demeurons, malgré tout, tributaires de la bonne volonté de Noos Numéricâble pour espérer bénéficier d’ici peu de la fibre optique sur l’ensemble du territoire communal, et qu’à défaut d’un progrès technique d’une telle envergure, voire même d’un réseau public sans fil comparable à ceux de Londres ou Paris, il ne reste plus qu’à s’installer dans un rayon de 2 km autour des quelques rares répartiteurs ADSL de la ville pour profiter d’un débit digne des temps modernes, la fameuse cité-dortoir du centre-ville que j’évoquais plus haut devant, quant à elle, se contenter bien souvent d’une performance moyenne de 4 à 6 Mbits/s; autant dire, un scandale et un incroyable gâchis pour une métropole qui, en plus d’être au carrefour historique de l’Europe, aurait pu en profiter pour s’arroger une place de choix à la croisée des autoroutes européennes de l’information!!!

Voilà qui est dit, une bonne fois pour toutes, de quoi s’attaquer enfin à l’avenir, dans mon prochain post et pour les siècles des siècles. Amen, et encore joyeuses Pâques!